Démence vasculaire : quand l’obésité et l’hypertension fragilisent le cerveau

Longtemps soupçonnée, la relation entre obésité et démence vasculaire est aujourd’hui étayée par de nouvelles données scientifiques robustes. Une étude internationale publiée en janvier 2026 dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, et largement relayée par le Washington Post, met en évidence un lien de causalité direct entre un excès de poids à l’âge moyen et le risque de développer une démence vasculaire plus tard dans la vie.

 

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Une démence d’origine vasculaire

La démence vasculaire est une forme de démence causée par une altération de la circulation sanguine cérébrale. Elle survient lorsque le cerveau ne reçoit plus suffisamment d’oxygène et de nutriments, du fait de lésions des vaisseaux sanguins. Elle représente aujourd’hui la deuxième cause de démence, après la maladie d’Alzheimer.

Dans de nombreux cas, elle coexiste avec des lésions neurodégénératives : on parle alors de démence mixte, associant atteintes vasculaires et maladie d’Alzheimer.

Une pathologie étroitement liée à la santé cardiovasculaire

La démence vasculaire n’est pas une maladie cardiovasculaire à proprement parler, mais elle partage les mêmes mécanismes et facteurs de risque.

Les atteintes des vaisseaux cérébraux sont souvent la conséquence directe de pathologies cardiovasculaires chroniques :

  • hypertension artérielle

  • diabète

  • athérosclérose

  • fibrillation auriculaire

  • tabagisme

  • obésité et excès de cholestérol

Ces facteurs entraînent un rétrécissement ou une obstruction progressive des vaisseaux, réduisant l’irrigation du cerveau et provoquant des lésions irréversibles du tissu cérébral.

Obésité : un facteur de risque désormais clairement établi

Selon l’étude publiée en janvier 2026, un indice de masse corporelle (IMC) élevé augmente le risque de démence vasculaire de 50 à 60 %. Les chercheurs montrent que l’obésité à l’âge moyen agit sur le cerveau de manière indirecte mais durable, notamment en favorisant l’hypertension artérielle sur plusieurs décennies.

Les résultats indiquent qu’environ 18 à 25 % du risque accru de démence vasculaire observé chez les personnes obèses est directement lié à une pression artérielle élevée. Celle-ci endommage progressivement les petits vaisseaux cérébraux, souvent de façon silencieuse, bien avant l’apparition des premiers symptômes cognitifs.

Une méthodologie innovante pour démontrer la causalité

L’un des apports majeurs de cette étude réside dans sa méthodologie. Les chercheurs ont utilisé la randomisation mendélienne, une approche génétique qui s’apparente à un essai clinique randomisé « naturel ». Elle repose sur l’analyse de variations génétiques influençant le poids corporel, présentes dès la naissance et indépendantes du mode de vie.

Les données proviennent de grandes biobanques danoises et britanniques, portant sur plus de 500 000 personnes suivies pendant près de 30 ans.

Les résultats montrent que les variants génétiques associés à un IMC élevé augmentent le risque de démence vasculaire, principalement via l’élévation chronique de la pression artérielle.

Des symptômes différents de la maladie d’Alzheimer

Contrairement à la maladie d’Alzheimer, la mémoire n’est pas toujours le premier symptôme de la démence vasculaire. Les patients présentent souvent d’abord :

  • des troubles de l’attention et de la concentration

  • des difficultés de planification, d’organisation et de prise de décision

  • un ralentissement de la pensée

  • des troubles du langage ou de l’humeur

L’évolution est souvent par paliers, avec des périodes de stabilité interrompues par des dégradations brutales, notamment après des AVC, parfois dits « silencieux ».

Pas de traitement curatif, mais une prévention possible

Il n’existe pas à ce jour de traitement permettant de guérir la démence vasculaire.

La prise en charge repose sur le contrôle strict des facteurs de risque cardiovasculaires :

  • normalisation de la pression artérielle

  • prévention et traitement du diabète

  • réduction du cholestérol

  • arrêt du tabac

  • activité physique régulière

  • maintien d’un poids sain

Selon The Lancet, près de 45 % des cas de démence pourraient être retardés ou évités grâce à la prévention des facteurs de risque modifiables.

Un message fort de santé publique

« Le message est clair : contrôler la pression artérielle chez les personnes en situation d’obésité pourrait réellement contribuer à prévenir la démence », souligne le Dr John N. Mafi, interniste et chercheur à l’UCLA, cité par le Washington Post.

Ces nouvelles données rappellent avec force que préserver la santé cardiovasculaire, dès le milieu de la vie, est aussi un moyen essentiel de protéger la santé cérébrale.

Prendre soin de son cœur, c’est investir dans la mémoire et les fonctions cognitives de demain.


Source : https://www.washingtonpost.com/health/2026/01/22/dementia-obesity-blood-pressure-science/