Lauréat 2025 de la bourse « Danièle Hermann – Cœurs de Femmes », Adrien Georges explore les liens subtils entre génétique, hormones et maladies cardiovasculaires féminines. Son projet, soutenu à hauteur de 30 000 euros par la Fondation Recherche Cardio-Vasculaire, vise à comprendre les mécanismes moléculaires de la prédisposition aux maladies cardiovasculaires touchant particulièrement les femmes.
——————————–
Un chercheur au croisement du cœur et du génome
Chercheur en biologie au sein de l’équipe Inserm dirigée par Nabila Bouatia-Naji au Paris Centre de Recherche Cardiovasculaire (unité Inserm 970), Adrien Georges consacre ses travaux à la compréhension des mécanismes moléculaires impliqués dans certaines maladies cardiovasculaires rares. Parmi elles, deux pathologies encore largement méconnues et à prédominance féminines : la dysplasie fibromusculaire (DFM) et la dissection spontanée de l’artère coronaire (SCAD).
La DFM se caractérise par des déformations silencieuses des artères, pouvant provoquer hypertension ou accidents vasculaires cérébraux. La SCAD, quant à elle, affecte la paroi des artères coronaires et peut provoquer un infarctus du myocarde chez des femmes jeunes, souvent sans facteurs de risque classiques. «Notre objectif est de comprendre pourquoi certaines variantes génétiques augmentent la prédisposition à ces maladies et comment les hormones sexuelles peuvent influencer ces régions du génome», explique-t-il.
Ces recherches, au carrefour de la biologie moléculaire, de la génétique et de la santé cardiovasculaire, ouvrent des perspectives nouvelles sur des maladies encore sous-diagnostiquées, pour lesquelles il n’existe à ce jour aucun traitement spécifique.
Le fil rouge d’un parcours scientifique
Formé à la chimie et à la physique, Adrien Georges a très tôt choisi de franchir les frontières entre disciplines. Durant son Doctorat, il s’est intéressé à un gène régulateur impliqué dans plusieurs maladies ovariennes, puis à la manière dont ce gène influence la fonction hormonale dans l’ovaire. Un premier ancrage autour des interactions entre génétique et régulation hormonale, qu’il prolonge aujourd’hui dans le champ cardiovasculaire.
Après un post-doctorat sur un complexe régulateur de l’expression génique, il rejoint le laboratoire de Nabila Bouatia-Naji. « Cette rencontre a été déterminante », confie-t-il. « Elle m’a ouvert un champ de recherche immense, celui du rôle de la régulation génétique dans la prédisposition aux maladies complexes ».
Donner une visibilité nouvelle aux maladies cardiovasculaires féminines
Depuis son arrivée au sein du Paris Centre de Recherche Cardiovasculaire, Adrien Georges a contribué à plusieurs projets majeurs. Ses travaux ont permis d’identifier les premières causes génétiques de la DFM et de la SCAD, et de mettre en évidence le rôle clé des cellules musculaires lisses vasculaires, essentielles à la structure de la paroi des artères. « Ces découvertes posent les bases de mes recherches actuelles, centrées sur les effets des hormones sur ces types cellulaires ».
Un engagement reconnu cette année par la bourse “Danièle Hermann-Cœurs de Femmes” de la Fondation Recherche Cardio-Vasculaire, dont il se dit fier et profondément reconnaissant d’être le lauréat 2025.
Un projet au service de la médecine de demain
Grâce à ce financement, Adrien Georges et son équipe vont pouvoir réaliser des analyses d’expression génique à l’échelle de la cellule unique. « Ces techniques, très fines, permettront de mieux distinguer les différences liées au sexe dans les artères, et de comprendre si certaines cellules réagissent différemment aux hormones », précise-t-il.
À terme, cette approche pourrait aider à identifier de nouveaux marqueurs précoces et à affiner la prévention des maladies cardiovasculaires chez les femmes. « C’est un premier pas vers une médecine plus personnalisée, qui prenne réellement en compte les différences biologiques entre les sexes ».
Une science exigeante, patiente et profondément humaine
Derrière la rigueur scientifique, Adrien Georges revendique une recherche profondément humaine, nourrie de rencontres et de transmissions. Il évoque avec gratitude ses mentors — Reiner Veitia, grâce auquel il a acquis de nombreuses connaissances au cours de son Doctorat, et Nabila Bouatia-Naji, qui lui a ouvert la voie du cardiovasculaire — mais aussi la force du collectif : « Le dynamisme et l’exigence de mon équipe sont des moteurs essentiels ».
La patience, la curiosité et la capacité de remise en question sont, selon lui, les qualités premières d’un chercheur. « La recherche, c’est un travail de longue haleine. Peu de projets aboutissent exactement comme on l’avait imaginé. Il faut accepter le doute comme partie intégrante du processus ».
Les maladies cardiovasculaires concernent aussi les femmes
Au-delà de ses recherches, Adrien Georges tient à délivrer un message de prévention clair : « Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes. Les symptômes diffèrent parfois de ceux observés chez les hommes, et sont souvent moins bien reconnus. En cas de douleur thoracique, de fatigue extrême ou de palpitations, il faut consulter sans attendre ». Un appel à la vigilance, mais aussi à la reconnaissance : celle de pathologies longtemps invisibilisées.
Portrait sensible
À travers sa rigueur et sa curiosité, Adrien Georges incarne une génération de chercheurs pour qui la science est avant tout un espace de liberté et de transmission.
S’il fallait résumer son état d’esprit, il choisirait le mot détermination.
Sa vertu préférée ? L’honnêteté.
Ce qu’il admire chez ses collaborateurs ? La créativité.
Et lorsqu’il quitte le laboratoire, il retrouve le plaisir simple des instants complices à jouer avec ses filles, rêve d’été, d’océan, d’une grande maison entourée d’amis — un idéal de partage.
Enfin, s’il devait formuler une devise, ce serait celle qu’il garde en tête dans les moments de doute : Cela aussi passera.
Une phrase simple, qui dit tout de l’humilité du chercheur et de la patience qu’exige la découverte : poser, jour après jour, une pierre de plus à l’édifice de la connaissance — pour que le cœur des femmes, enfin, soit pleinement compris.
Photo Adrien Georges : -©_WOYTEK_KONARZEWSKI

