Le cœur des femmes : une cause de vie, un combat oublié
Le manifeste
Longtemps, le cœur des femmes a été le grand silencieux de la médecine. Trop peu étudié, trop mal compris, trop souvent ignoré. C’est ce tabou que Danièle Hermann, fondatrice de la Fondation Recherche Cardio-Vasculaire, a brisé il y a plus de vingt ans.
Visionnaire, Danièle Hermann été la première femme en France à alerter sur une vérité dérangeante : les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité féminine — et pourtant, elles sont encore sous-diagnostiquées, sous-traitées, sous-financées.
Une femme meurt, son cœur n’a pas été écouté
Chaque jour, en France, 200 femmes meurent de maladies cardiovasculaires, souvent faute d’un diagnostic assez rapide, faute d’écoute, faute de prise en compte des spécificités féminines. Ces maladies, trop longtemps considérées comme des « maladies d’hommes », ont masqué les symptômes féminins, souvent atypiques : nausées, fatigue intense, douleurs diffuses, essoufflement… autant de signaux faibles que la médecine n’a pas toujours su décrypter.
Pourtant, une femme n’est pas un « petit homme ». Son cœur bat différemment, réagit différemment au stress, aux hormones, aux traitements. Mais pendant des décennies, la recherche cardiovasculaire a exclu les femmes des essais cliniques.
Résultat : les femmes ont été les grandes oubliées de la prévention, du dépistage et des soins.
Retard de diagnostic = perte de chance
Des études l’ont montré : une femme est moins bien prise en charge qu’un homme en cas d’infarctus. Elle arrive plus tard à l’hôpital, reçoit moins souvent une coronarographie ou une angioplastie, et le pronostic est plus grave. Selon l’Inserm, le taux de mortalité post-infarctus est supérieur de 20 % chez les femmes par rapport aux hommes. Ce retard de diagnostic n’est pas un hasard : c’est le reflet d’un biais systémique.
Le cœur des femmes ne bat pas moins fort, il bat dans le silence d’un monde qui n’écoute pas. — Danièle Hermann
Le poids de la précarité et des violences
Les femmes ne sont pas seulement biologiquement différentes. Elles subissent aussi des inégalités sociales majeures qui aggravent leur santé cardiovasculaire :
- Précarité économique
- Charge mentale
- Stress chronique
- Violences conjugales
- Accès plus difficile aux soins…
Autant de réalités qui usent leur cœur au quotidien.
Les violences, en particulier, ont un impact direct, elles ne laissent pas seulement des cicatrices invisibles sur le mental — elles abîment aussi leur cœur. Une souffrance émotionnelle chronique peut provoquer une inflammation de bas grade, perturber l’équilibre hormonal (notamment le cortisol lié au stress), augmenter la pression artérielle et favoriser le développement de maladies cardiovasculaires.
Une grande étude américaine (Nurses’ Health Study II) a démontré une hausse de 24 % du risque d’hypertension chez les femmes ayant subi des violences psychologiques sévères. Les violences répétées usent le cœur — physiquement et symboliquement.
Un manifeste pour agir
À la Fondation Recherche Cardio-Vasculaire, nous avons fait du cœur des femmes une cause prioritaire. Nous soutenons la recherche sur les spécificités féminines, nous formons les soignants à mieux reconnaître les signaux faibles chez les femmes, nous menons des campagnes d’information grand public.
Ce combat est à la fois scientifique, médical, social, féministe, et profondément humaniste. Parce que défendre le cœur des femmes, c’est défendre le droit à la santé, à la vie, à l’égalité. Parce que derrière chaque battement de cœur, il y a une mère, une fille, une amie, une vie.
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Sources :
- INSERM – Les maladies cardiovasculaires chez les femmes
- Assurance Maladie – Maladies cardiovasculaires
- Danièle Hermann, Editions Robert Laffont-Versilio, 2012
- Nurses’ Health Study II – J Women’s Health, 2012
- JAHA – Journal of the American Heart Association, 2020