Bourses de recherche Cœurs de femmes
Ana Maria Gomez
Lauréate 2025 pour son projet de recherche visant à comprendre pourquoi les femmes présentent, à âge et condition cardiaque équivalents, une plus grande susceptibilité à certaines arythmies que les hommes, notamment lors de situations de stress aigu.
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Le projet de recherche expliqué par Ana Maria Gomez
Ana Maria Gómez est Directrice de recherche à l’Inserm. Elle dirige l’unité « Signalisation et physiopathologie cardiovasculaire » à l’Université Paris-Saclay. Elle est la lauréate 2025 de la bourse de recherche « Cœurs de femmes » dotée de 30 000 euros et décernée à l’unanimité par les membres du jury.
Le projet de recherche en détails
Le projet soutenu par la bourse « Cœurs de femmes » vise à comprendre pourquoi les femmes présentent une plus grande susceptibilité à certaines arythmies cardiaques, notamment en situation de stress aigu.
Le projet cherche à comprendre pourquoi le cœur des femmes et celui des hommes ne réagissent pas tout à fait de la même façon face au stress. Quand on est stressé, notre système nerveux active une réponse dite de « lutte ou de fuite » : le cœur bat plus vite et plus fort pour préparer l’organisme à agir. Mais cette réponse peut aussi rendre le cœur plus vulnérable aux arythmies.
Ana Maria Gómez et son équipe s’intéressent à une protéine essentielle, le RyR2, qui contrôle la libération intracellulaire du calcium responsable de chaque contraction du cœur. C’est une sorte de « porte » du calcium, indispensable à la vie, mais qui peut devenir instable dans certaines situations. En combinant des modèles animaux et des cellules cardiaques humaines issues de cellules souches, elle étudie aux côtés de son équipe comment le sexe influence la régulation du rythme cardiaque et le risque d’arythmies.
L’objectif, à terme, est de mieux comprendre ces différences pour adapter les traitements et mieux protéger la santé cardiaque des femmes.
La parole à Ana Maria Gomez
Vous consacrez votre carrière à décrypter les mécanismes intimes du battement cardiaque. Qu’est-ce qui vous a donné envie de « parler la langue du cœur » ?
Le fonctionnement du cœur, cet organe qui travaille sans relâche, m’a toujours fascinée. Depuis mon enfance, je l’imaginais comme l’organe de la vie et de la mort, mais aussi celui qui « s’emballe » selon nos émotions. Pendant mes études de pharmacie, j’ai choisi le cœur pour mon rôle de monitrice de travaux pratiques en physiologie. Ma motivation a aussi été nourrie par une expérience personnelle : ma tante est décédée d’une insuffisance cardiaque à 62 ans, une maladie sans traitement curatif qui m’a profondément marquée. J’avais choisi les études de pharmacie pour contribuer à la santé humaine sans contact direct avec les patients. À la fin de mes études, pour m’initier à la recherche, j’ai eu deux offres de thèse : en nutrition ou en cardiology. Bien que la nutrition m’intéressât, j’ai choisi la cardiologie pour les raisons évoquées ci-dessus. Il reste encore beaucoup d’inconnues sur le fonctionnement normal et pathologique du cœur, un domaine qui ne semble pas toujours prioritaire dans la recherche globale. Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité dans le monde, et en France, elles constituent la première cause de décès chez les femmes, devant le cancer.
Vous êtes la lauréate 2025 de la bourse de recherche « Cœurs de femmes », quel est votre ressenti suite à cette annonce ?
C’est une immense joie et une grande reconnaissance, mais aussi une responsabilité. Ce prix met en lumière une dimension encore trop peu explorée de la recherche cardiovasculaire : celle du cœur des femmes. Je suis honorée que notre travail puisse contribuer à faire avancer une médecine plus équitable.
Ce soutien de 30 000 euros nous permettra de renforcer les outils expérimentaux et d’amorcer une nouvelle série d’expériences ciblées sur la réponse du cœur féminin au stress. Nous pourrons également soutenir une jeune chercheuse dans son projet sur ce sujet, ce qui donne une dimension formatrice à la bourse.
Quels bénéfices espérez-vous pour la prévention et la prise en charge des troubles du rythme chez les femmes ?
En clinique, les problèmes cardiaques des femmes sont parfois sous-estimés, car persiste la croyance générale selon laquelle les femmes seraient protégées contre les maladies cardiaques. De plus, leurs symptômes peuvent différer de ceux des hommes. Il arrive souvent que des femmes se plaignant de « palpitations » se voient prescrire des anxiolytiques ou des antidépresseurs sans être redirigées vers la cardiologie. Néanmoins, la majeure cause de mortalité en France chez les femmes sont les problèmes cardiovasculaires. Nous espérons que cette recherche permettra de mieux prendre en compte les troubles du rythme cardiaque chez les femmes, afin d’adapter la prévention, le diagnostic et les traitements. C’est une étape vers une médecine du rythme plus personnalisée et plus équitable.
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