Bourses de recherche Cœurs de femmes
Adrien Georges
Lauréat 2025 pour son projet de recherche visant à comprendre les mécanismes moléculaires de la prédisposition aux maladies cardiovasculaires touchant particulièrement les femmes. Parmi elles, deux pathologies encore largement méconnues et à prédominance féminines : la dysplasie fibromusculaire et la dissection spontanée de l’artère coronaire.
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Le projet de recherche expliqué par Adrien Georges
Adrien Georges est chercheur en biologie au sein de l’équipe Inserm dirigée par Nabila Bouatia-Naji au Paris Centre de Recherche Cardiovasculaire. Il est le lauréat 2025 de la bourse de recherche «Cœurs de femmes» dotée de 30 000 euros et décernée à l’unanimité par les membres du jury.
Le projet de recherche en détails
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité chez les femmes, mais on ignore encore pourquoi certaines d’entre elles, comme la dissection spontanée de l’artère coronaire (SCAD) ou la dysplasie fibromusculaire (FMD), touchent presque exclusivement des femmes jeunes, souvent sans facteur de risque classique. Ces maladies peuvent provoquer des infarctus ou des AVC, et ne disposent aujourd’hui ni de traitement spécifique, ni de stratégie de prévention adaptée.
Depuis plusieurs années, Adrien Georges consacre ses recherches à comprendre les mécanismes biologiques et génétiques des maladies touchant particulièrement les femmes. Il a notamment étudié lors de son doctorat les mécanismes de l’insuffisance ovarienne prématurée et de certaines formes de cancer de l’ovaire. Il a rejoint en 2017 l’équipe Inserm de Nabila Bouatia-Naji au Paris Centre de Recherche Cardiovasculaire (PARCC), pour travailler sur les maladies cardiovasculaires touchant spécifiquement les femmes. Le groupe qu’il mène étudie notamment comment les différences entre les sexes et les hormones sexuelles influencent le fonctionnement des cellules qui composent la paroi des artères.
Grâce à des technologies de pointe, il analyse l’activité des gènes cellule par cellule dans les artères humaines, afin d’identifier les différences entre hommes et femmes. Il utilise également des cellules souches reprogrammées en laboratoire pour recréer des modèles d’artères et observer comment les hormones féminines ou masculines modifient leur comportement. Enfin, il explore le rôle des variations génétiques qui augmentent le risque de développer ces maladies chez les femmes.
À terme, ses découvertes pourraient permettre de mieux identifier les femmes à risque, de prévenir les formes graves de ces maladies, et d’inspirer de nouvelles pistes thérapeutiques.
La parole à Adrien Georges
Quelles sont les collaborations ou les rencontres qui ont été essentielles durant votre parcours ?
Deux rencontres ont joué un rôle majeur dans mon parcours. Tout d’abord, alors que j’avais une formation de chimie et de physique sans connaissance biologiques approfondies, la rencontre puis la confiance accordée par mon directeur de thèse Reiner Veitia m’a permis de me former et d’apprendre énormément au cours de mon doctorat. La liberté qu’il m’a accordé rapidement a également été très formatrice. Puis suite à un premier post-doctorat, la rencontre avec Nabila Bouatia-Naji m’a ouvert les yeux sur un champ d’application immense pour les techniques et connaissances que j’avais pu acquérir jusque-là, et dont j’ignorais jusque-là l’existence. En effet, la régulation de l’expression des gènes joue un rôle majeur dans la prédisposition aux maladies complexes, un rôle qu’on devine sans souvent le comprendre de manière approfondie. Le dynamisme de l’équipe qu’elle dirige et son exigence constante d’une recherche de pointe sont des sources d’inspiration importantes pour moi.
Vous êtes le lauréat 2025 de la bourse de recherche « Cœurs de femmes », quel est votre ressenti suite à cette annonce ?
Beaucoup de fierté et de reconnaissance. Il est parfois difficile au quotidien de voir comment notre recherche, un travail de fourmi, peut avoir un impact positif pour les patients. La confiance accordée par la Fondation recherche cardio-vasculaire via la bourse «Cœurs de femmes» est un marqueur important permettant de voir l’intérêt suscité par ces travaux. C’est également une fierté de pouvoir dire aux patient.e.s que leur maladie est reconnue et que nous travaillons à la comprendre.
Grâce à ce financement de 30 000 euros, nous allons pouvoir mener une analyse de l’effet du sexe sur l’expression des gènes dans des artères à l’aide de techniques en cellule unique. Ces techniques, très couteuses, permettent de distinguer des différences globales, par exemple le fait que les hommes aient souvent plus de cellules immunitaires dans la paroi de leurs artères, de différences cellulaires, par exemple l’effet des hormones dans un type cellulaire particulier. La recherche cardiovasculaire est globalement très focalisée sur les formes d’infarctus touchant plus les hommes et fortement liées aux facteurs de risques comme le cholestérol et l’âge. Ainsi, les études en cellule unique menées par d’autres laboratoires à ce jour ont soit porté sur des tissus malades à un stade avancé, soit inclus trop peu de femmes pour pouvoir
Quels messages aimeriez-vous adresser aux femmes qui se sentent peu concernées par les maladies cardiovasculaires ?
Les maladies cardiovasculaires concernent tout le monde, et en particulier les femmes, pour lesquelles elles représentent la première cause de mortalité. Les symptômes ne sont pas forcément les mêmes d’une personne à l’autre et les symptômes plus fréquents chez les hommes sont les mieux connus. En cas de douleur thoracique, de fatigue extrême, de douleurs digestives aigues, de palpitations, il faut consulter. Pour les patientes, mon message serait de se rapprocher des associations de malades qui se créent, notamment sur la SCAD et la FMD.
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