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Diabète de type 1 et cœur : le risque cardiovasculaire oublié

Le diabète de type 1 est trop souvent perçu comme « juste » une maladie de la glycémie. Pourtant, il expose à un risque cardiovasculaire précoce et spécifique, longtemps resté dans l’ombre de son cousin, le diabète de type 2. Explications et raisons d’espérer.


Le diabète de type 1, une maladie à part

Le diabète de type 1 (DT1) est une maladie auto-immune : le système immunitaire s’attaque et détruit les cellules bêta du pancréas, celles qui fabriquent l’insuline. Cette destruction, médiée par des lymphocytes T qui infiltrent les îlots de Langerhans, prive l’organisme de sa capacité à produire de l’insuline, l’hormone indispensable à la régulation de la glycémie. Elle survient le plus souvent chez l’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte, et représente environ 10 % des cas de diabète.

Le diabète de type 2 (DT2), lui, obéit à une logique très différente : c’est d’abord une résistance à l’insuline, les cellules de l’organisme répondent mal à l’hormone, qui s’installe progressivement, souvent en lien avec le surpoids, la sédentarité et l’âge, avant que la production d’insuline elle-même ne s’épuise.

Cette différence d’origine n’est pas un détail : elle change la nature même du risque cardiovasculaire associé à chacune des deux maladies.

Chiffres du Diabète de type 1

Une progression constante. Pourtant, le DT1 reste moins étudié et moins médiatisé, y compris sur le plan cardiovasculaire.

300 000

Personnes en France

Vivent avec un diabète de type 1
31 000

Jeunes de moins de 20 ans

Ont un diabète de type 1
9,1 millions

De personnes dans le monde

Sont atteintes d'un DT1

Un risque cardiaque bien réel, mais différent de celui du DT2

Le diabète de type 2 est aujourd’hui bien identifié comme un facteur de risque cardiovasculaire majeur, largement documenté et intégré dans les pratiques médicales. Le DT1 l’est beaucoup moins dans l’esprit du public, et parfois même dans le suivi médical de routine,  alors que les données scientifiques démontrent que le diabète de type 1 augmente fortement le risque de maladie cardiovasculaire, particulièrement lorsque le diabète évolue depuis longtemps ou que d’autres facteurs de risque sont présents. avec des événements qui surviennent plus tôt dans la vie et une mortalité accrue.

Pourquoi ce risque reste-t-il spécifique et moins visible ?

  • Une mécanique différente. Dans le diabète de type 2, le risque cardiovasculaire s’inscrit souvent dans un contexte associant insulinorésistance, surpoids, hypertension et anomalies des lipides sanguins. Dans le diabète de type 1, les mécanismes sont plus complexes : à l’hyperglycémie chronique et aux facteurs de risque cardiovasculaire classiques s’ajoutent des phénomènes de dysfonction de l’endothélium, de stress oxydatif et d’inflammation. Le risque cardiovasculaire reste d’ailleurs augmenté chez certaines personnes atteintes de DT1 même lorsque la glycémie est bien contrôlée et en l’absence de facteurs de risque cardiovasculaire classiques, ce qui suggère l’intervention d’autres mécanismes. Les chercheurs étudient notamment le rôle du dérèglement immunitaire lié à l’auto-immunité du DT1 dans cette inflammation vasculaire.
  • Une durée d’exposition plus longue. Le DT1 étant diagnostiqué tôt dans la vie, les patients vivent parfois avec la maladie pendant 40, 50, 60 ans : le risque cardiovasculaire s’accumule silencieusement sur des décennies, bien avant l’âge où l’on pense généralement à surveiller son cœur.
  • Le rôle des reins. L’atteinte rénale, fréquente en cas de DT1 mal équilibré sur le long terme, est étroitement liée au risque cardiovasculaire, les deux évoluant souvent de pair.
  • Un déficit d’attention clinique. Faute d’essais cliniques spécifiques sur la tension artérielle, le cholestérol ou les traitements antithrombotiques chez les personnes avec un DT1, les recommandations sont largement extrapolées à partir des études menées sur le DT2 alors que la physiopathologie diffère. Comme le résume une endocrinologue américaine spécialiste du sujet, le DT1 en est aujourd’hui, sur le plan cardiovasculaire, « là où était le DT2 il y a vingt ans » : trop centré sur le seul contrôle de la glycémie, au risque de sous-estimer la tension artérielle et le cholestérol.

Un signal a cependant marqué un tournant : le suivi à long terme de la grande étude DCCT (Diabetes Control and Complications Trial), devenue l’étude DCCT/EDIC, a montré qu’un contrôle glycémique strict réduisait nettement le risque d’événements et de complications cardiovasculaires chez les personnes avec un DT1, un lien plus net et plus constant que celui observé dans le DT2, où les données restent plus discordantes sur ce point précis.


Les pistes d’espoir

Si le constat impose de ne plus négliger le cœur des personnes vivant avec un DT1, la recherche avance sur plusieurs fronts à la fois, avec des résultats concrets ces dernières années.

Vers une meilleure protection cardiovasculaire directe. Des instituts de recherche nord-américains ont lancé des programmes dédiés à mieux comprendre les mécanismes propres au DT1, inflammation vasculaire, atteinte rénale associée, pour, à terme, proposer des stratégies de prévention cardiovasculaire réellement adaptées à cette maladie, plutôt que transposées du DT2.

Les technologies de délivrance automatisée d’insuline (« pancréas artificiels »), qui ajustent en continu les doses d’insuline en fonction de la glycémie mesurée en temps réel, permettent d’améliorer significativement l’équilibre glycémique et de réduire les hypoglycémies sévères, un bénéfice qui, comme le montre le suivi de la DCCT, se traduit directement par une réduction du risque cardiovasculaire à long terme.

La thérapie cellulaire progresse rapidement. La transplantation d’îlots pancréatiques, longtemps expérimentale, est officiellement entrée dans la pratique clinique en France en 2021, avec des centres agréés à Lille, Paris et Montpellier, bientôt rejoints par Lyon et Strasbourg. Plus prometteur encore : en 2025, une équipe américaine a publié dans le New England Journal of Medicine les résultats d’un essai utilisant des îlots pancréatiques « prêts à l’emploi », entièrement produits en laboratoire à partir de cellules souches sans dépendre de donneurs d’organes. Douze mois après une simple perfusion, 83 % des patients traités n’avaient plus besoin d’injections d’insuline.

L’immunothérapie ouvre une nouvelle voie. Puisque le DT1 est une maladie auto-immune, plusieurs équipes cherchent désormais à freiner, voire à empêcher, l’attaque du système immunitaire contre les cellules bêta , une approche qui, si elle aboutit, pourrait un jour retarder ou prévenir la maladie chez les personnes à risque plutôt que seulement la traiter une fois installée.

Ces avancées ne concernent pas seulement l’équilibre du sucre dans le sang : en réduisant la durée d’exposition à l’hyperglycémie et à l’instabilité glycémique, elles agissent aussi, indirectement, sur le risque cardiovasculaire à long terme.


En pratique

Vivre avec un DT1 ne se résume pas à surveiller sa glycémie : cela implique aussi, dès le plus jeune âge, un suivi attentif de la tension artérielle, du cholestérol et de la fonction rénale, en parallèle du contrôle glycémique.

C’est un message que la recherche confirme chaque année un peu plus clairement et que nous avons à cœur de relayer.


Sources scientifiques

  • Manrique-Acevedo C. et al., Don’t Overlook Cardiovascular Risk in Type 1 Diabetes, Medscape Medical News, 2024.
  • de Ferranti S.D. et al., Type 1 Diabetes Mellitus and Cardiovascular Disease: A Scientific Statement From the American Heart Association and American Diabetes Association, Diabetes Care, 2014.
  • Jones T.L.Z. et al., The Cardiovascular Repository for Type 1 Diabetes (CaRe-T1D): An NIDDK Initiative to Advance Understanding of Mechanisms Underlying Cardiovascular Disease in Type 1 Versus Type 2 Diabetes, Diabetes, 74(7), 2025.
  • Vergès B., Cardiovascular Disease in Type 1 Diabetes Mellitus: Epidemiology and Management of Cardiovascular Risk, PMC, 2021.
  • Won J.C. et al., Risk of early mortality and cardiovascular disease in type 1 diabetes: a comparison with type 2 diabetes, a nationwide study, PMC, 2019.
  • Devaraj S. et al., Adaptive Immunity, Inflammation, and Cardiovascular Complications in Type 1 and Type 2 Diabetes Mellitus, PMC, 2013.
  • Étude Trimeco (transplantation d’îlots pancréatiques), citée par Le Quotidien du Médecin, 2024-2025.
  • Essai de phase 1-2 sur les îlots pancréatiques dérivés de cellules souches, présenté au congrès 2025 de l’American Diabetes Association et publié dans le New England Journal of Medicine, rapporté par Fréquence Médicale, juin 2025.
  • Gauthier E., Boos M., La thérapie cellulaire du diabète de type 1 : progrès et défis restants, Médecine/Sciences, avril 2026.
  • Santé publique France, données de surveillance du diabète 2023, rapportées par Le Quotidien du Médecin, 2024.
  • Fédération Française des Diabétiques, Les chiffres du diabète en France, 2024.
  • Fédération Internationale du Diabète (FID), IDF Diabetes Atlas, 11e édition, 2025.