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Cancer du sein : et si on parlait aussi de votre cœur ?

Octobre Rose, ruban rose, cancer du sein et santé cardiovasculaire

On soigne le cancer. On oublie parfois le cœur. Et pourtant, entre chimiothérapie, thérapies ciblées, radiothérapie et hormonothérapie, le parcours d’une patiente touchée par un cancer du sein est aussi un parcours à risque pour son système cardiovasculaire. Une réalité encore trop méconnue, qui a donné naissance à une discipline médicale à part entière : la cardio-oncologie.


Le cœur, un oublié du protocole anticancéreux

Les traitements qui sauvent des vies peuvent aussi fragiliser le muscle cardiaque. C’est particulièrement vrai pour les anthracyclines, une famille de chimiothérapies parmi les plus utilisées dans le cancer du sein, ainsi que pour les thérapies anti-HER2 comme le trastuzumab. Une méta-analyse publiée en 2013 dans l’American Journal of Cardiology, portant sur 22 815 patients traités par anthracyclines a mis en évidence une dysfonction ventriculaire gauche asymptomatique dans 18 % des cas, et une insuffisance cardiaque symptomatique dans 6 % des cas. La dose cumulée reçue est d’ailleurs le principal facteur de risque de cette toxicité.

Autre point clé : le suivi dans le temps. Pour les anthracyclines, la majorité des atteintes cardiaques détectées dans certaines études le sont au cours de la première année de traitement. Une surveillance adaptée doit donc être mise en place dès le début de la prise en charge et se poursuivre après les traitements, en fonction du risque individuel.

La radiothérapie thoracique, souvent utilisée après une chirurgie du sein pour réduire le risque de récidive, peut également affecter le cœur et les vaisseaux sanguins. Le risque dépend notamment de l’exposition cardiaque aux rayonnements et des facteurs de risque cardiovasculaire de chaque patiente. L’hormonothérapie peut, elle aussi, modifier le risque cardiovasculaire, avec des effets qui varient selon les molécules utilisées.


Cancer et maladies cardiovasculaires : des facteurs de risque qui se recoupent

Ce n’est pas un hasard si cardiologues et oncologues doivent désormais travailler main dans la main. Cancer du sein et maladies cardiaques partagent plusieurs terrains communs. Le risque des deux augmente avec l’âge, et un mode de vie sédentaire ainsi qu’une alimentation riche en graisses saturées sont associés à un risque accru aussi bien de cancer du sein que de maladies cardiaques.

Un cardiologue spécialisé en cardio-oncologie a donc un rôle central avant même le premier traitement : évaluer le risque de la patiente, rechercher et prendre en charge l’hypertension, le diabète, le tabac ou le cholestérol, afin d’anticiper plutôt que de subir.


Dépister tôt, agir vite

Bonne nouvelle : les outils existent. Le suivi cardio-oncologique permet de repérer précocement les signes d’une atteinte cardiaque liée aux traitements anticancéreux. Il repose sur plusieurs outils complémentaires.

  • L’échographie cardiaque, pour mesurer la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG), c’est-à-dire le pourcentage de sang éjecté par le ventricule gauche à chaque contraction. L’analyse du strain longitudinal global (une mesure échographique qui permet d’évaluer la capacité du muscle cardiaque à se contracter) peut également révéler des anomalies précoces.
  • Les biomarqueurs sanguins, notamment la troponine, qui peut signaler une atteinte du muscle cardiaque avant même l’apparition de symptômes.
  • L’IRM cardiaque, un examen très précis auquel on peut recourir lorsque les résultats de l’échographie sont insuffisants ou difficiles à interpréter.

La surveillance repose sur des mesures répétées, comparées aux valeurs initiales. Une baisse significative de la FEVG, une élévation des biomarqueurs ou une altération du strain peuvent alerter sur une cardiotoxicité débutante, même en l’absence de symptômes.

En fonction des résultats et du risque individuel, un traitement cardioprotecteur, notamment par inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ou bêtabloquants, peut être envisagé. L’objectif : préserver la fonction cardiaque tout en permettant, autant que possible, la poursuite du traitement anticancéreux.


Ce que les patientes peuvent (vraiment) faire

Prendre soin de son cœur pendant et après un cancer du sein, ce n’est pas seulement une affaire de médecins. C’est aussi une affaire de gestes simples et d’exigence envers son parcours de soins :

  1. Demander un bilan cardiaque avant le premier traitement, surtout en cas d’antécédents familiaux, d’hypertension ou de diabète.
  2. Ne jamais sauter les contrôles cardiaques pendant le traitement, même en l’absence de symptômes , c’est justement l’enjeu de la cardiotoxicité silencieuse.
  3. Bouger, autant que possible. L’activité physique reste l’un des leviers les plus puissants pour protéger le cœur, y compris pendant les traitements.
  4. Surveiller tension, cholestérol et glycémie, des paramètres trop souvent relégués au second plan pendant la bataille contre le cancer.
  5. Parler de son cœur à son oncologue, et de son cancer à son cardiologue. Le dialogue entre les deux spécialités est la meilleure protection.

Une seule bataille, deux organes à protéger

La cardio-oncologie n’oppose pas cœur et cancer : elle les traite comme un seul et même combat. Guérir du cancer sans abîmer son cœur, c’est possible à condition de dépister tôt, de suivre de près, et de ne jamais considérer la santé cardiovasculaire comme un sujet secondaire face à l’urgence oncologique.


Sources

  • Fondation Recherche Cardio-Vasculaire, Cancer du sein & Risques cardio-vasculaires, fondation-recherche-cardio-vasculaire.org
  • Cancer du sein et cardiotoxicité des traitements : prévenir, dépister et structurer le suivi cardio-gynécologique, ScienceDirect / EM-Consulte, 2020
  • https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0002914913017086
  • Toxicité cardiaque et vasculaire des chimiothérapies, La Revue du Praticien
  • Cardiotoxicité des traitements anticancéreux, Medanta — Patient Education Blog, 2025