La recherche pour le cœur des femmes

Projet de recherche du Professeur Véronique Freund-Michel sur l’insuffisance cardiaque droite consécutive à l’hypertension artérielle pulmonaire chez la femme

Ayant pour objectif d’identifier deux nouvelles cibles thérapeutiques «le facteur de croissance des nerfs (NGF) et la Connexine 43 (Cx43)» et de vérifier si celles-ci sont exprimées différemment dans le cœur droit chez la femme versus l’homme, et si les œstrogènes contribuent à ces différences. L’étude de ces différences devrait permettre la mise en place de traitements pour l’hypertension artérielle pulmonaire chez la femme.

Véronique Freund-Michel est Professeur des Universités en Pharmacologie à l’UFR des Sciences Pharmaceutiques de Bordeaux où elle enseigne la pharmacologie, chercheuse au sein du Centre de Recherche Cardio-Thoracique de Bordeaux – INSERM U1045. Elle est la lauréate 2020 de la bourse de recherche du programme « Danièle Hermann-coeurs de femmes ». La bourse qui lui est allouée est d’un montant de 30 000 euros. Elle est financée par la Fondation Recherche Cardio-Vasculaire.

Détail du projet de recherche : 

L’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) est une maladie grave pour laquelle il n’existe aucun traitement curatif, et dont les patients atteints décèdent d’une insuffisance cardiaque droite.

Il faut donc développer des médicaments plus efficaces, et pour cela, Véronique Freund-Michel et son équipe s’intéressent à 2 nouvelles cibles thérapeutiques : le facteur de croissance des nerfs (NGF) et la Connexine 43 (Cx43). Dans ce projet, ils veulent évaluer la pertinence de ces cibles dans l’HTAP chez la femme. En effet, il existe des différences entre les hommes et les femmes dans l’HTAP, et les œstrogènes jouent un rôle paradoxal dans ces différences : ils contribuent d’abord au développement de la maladie chez la femme (l’HTAP est plus fréquente chez la femme que chez l’homme), mais protègent ensuite leur cœur droit (les femmes atteintes ont une espérance de vie plus élevée en comparaison aux hommes atteints).

Dans ce projet, ils vont regarder si le NGF et la Cx43 sont exprimés différemment dans le cœur droit chez la femme versus l’homme, et si les œstrogènes contribuent à ces différences. Ils regarderont ensuite si ces différences modifient la réponse à un traitement ciblant le NGF et la Cx43 chez la femme versus l’homme.

Ils espèrent ainsi que l’étude de ces différences entre le cœur des femmes et des hommes pourra permettre par la suite la mise en place de traitements ciblés et peut-être plus efficaces pour l’HTAP chez la femme.


Freund-Michel

Photo : Michel Monsay

La parole au Docteur Véronique Freund-Michel

Pouvez-nous dire quelques mots sur les temps forts de votre carrière ainsi que sur vos projets de recherche dans le domaine cardio-vasculaire ?

Les temps forts de ma carrière ont été en particulier mon recrutement en tant que maitre de conférences à l’Université de Bordeaux, et plus récemment, ma nomination en tant que Professeur des Universités. Les candidatures à ces postes étant très compétitives, j’ai été très fière et heureuse d’avoir été sélectionnée. J’ai eu l’opportunité de transférer mes compétences et mes connaissances acquises pendant mes études, en particulier sur le facteur de croissance des nerfs NGF, à la recherche que j’effectue actuellement dans le domaine de l’hypertension pulmonaire au sein du CRCTB-INSERM U1045. J’ai pu ainsi initier un nouvel axe de recherche sur l’étude du NGF, ce qui a conduit à montrer un rôle majeur de ce facteur dans cette pathologie. Nous étudions à présent plus en détails les mécanismes cellulaires et moléculaires activés par ce facteur dans l’hypertension pulmonaire pour confirmer la possibilité de cibler le NGF comme nouvelle stratégie thérapeutique potentielle innovante.

Vous êtes la lauréate 2020 de la bourse de recherche « Danièle Hermann cœurs de femmes », pouvez-vous nous dire quelques mots concernant votre ressenti suite à cette annonce ?

J’ai été bien sûre très heureuse et très honorée d’être une des deux lauréates 2020 de cette bourse de recherche « Danièle Hermann cœurs de femmes », je remercie chaleureusement le conseil scientifique de la Fondation Recherche Cardio-Vasculaire, présidé par Mme Costagliola, de m’avoir attribuée cette bourse. C’est gratifiant de recevoir une telle bourse de recherche car cela « valide » en quelque sorte le travail de recherche effectué, et l’intérêt de ces travaux en termes d’avancées potentielles dans le traitement de la pathologie étudiée.

Comment allez-vous utiliser ces 30 000 euros ?

Très concrètement, la bourse obtenue va nous permettre d’acheter les animaux, les produits et les consommables nécessaires aux expériences envisagées au cours de ce projet. En particulier, pour l’étude que nous proposons de réaliser, nous travaillerons sur un modèle d’hypertension pulmonaire sévère chez le rat. Pour étudier l’influence des œstrogènes dans les résultats que nous observerons, nous utiliserons des rats femelles ovariectomisées prenant ou non un traitement œstrogénique de substitution. Ainsi, le financement obtenu nous permettra de commander l’ensemble des animaux, de financer leur entretien au sein de l’animalerie, et de financer les produits nécessaires au développement de ce modèle d’hypertension pulmonaire. Cela nous permettra également de commander les consommables nécessaires à l’étude de l’expression et du rôle du NGF dans les altérations ventriculaires droites en fonction du sexe.

Quelles sont les grandes avancées à initier concernant la recherche scientifique et la prise en charge du cœur des femmes ?

Clairement, des recherches dans le domaine des maladies cardiovasculaires chez la femme sont nécessaires afin :

  • De mieux comprendre du point de vue de la recherche fondamentale la physiopathologie de ces maladies, et en particulier de comparer ces mécanismes physiopathologiques en fonction du sexe. On sait que les hormones féminines ont un lien important avec le système cardiovasculaire, et les connaissances de ce lien sont à approfondir également.
  • D’identifier du point de vue pharmacologique (en recherche fondamentale et en recherche clinique) s’il existe des différences en termes de cibles dans ces pathologies cardiovasculaires entre hommes et femmes qui pourraient parfois expliquer des différences d’efficacité de certains traitements déjà sur le marché. Ces différences pharmacologiques sont également à prendre en compte dans le développement de nouveaux médicaments.